À la tête du relais suisse, la Vaudoise Aurélie Gutschmidt, entraîneure nationale du sprint féminin U20 et entraîneure de sprint au Lausanne-Sports Athlétisme, confirme son talent dans un rôle essentiel mais souvent discret.


Il y a deux ans à Lima, le relais féminin suisse U20 créait la surprise en décrochant une médaille d'argent mondiale. Cette année à Eugene, l'histoire s'est répétée. Quelques jours après cette nouvelle médaille mondiale, elle revient sur cette aventure.
Deux Championnats du monde, deux médailles d'argent. Quelle est la première émotion qui te vient après cette nouvelle performance ?
La fierté et la joie ! Je suis extrêmement heureuse pour les athlètes. Elles ont eu un engagement exemplaire pour le relais tout au long de la saison et pouvoir réaliser cette performance au moment le plus important est juste magnifique. Cette médaille est la récompense de ce magnifique travail.
Cette médaille a-t-elle une saveur différente de celle remportée à Lima il y a deux ans ? Quelles histoires racontent ces deux médailles ?
Différente, oui, mais elles sont toutes aussi belles l’une que l’autre. La saison de relais avant Lima avait été compliquée. Les performances étaient bonnes, mais elles ne nous permettaient pas, sur le papier, d’envisager un podium. La course à Lima avait été incroyable et elle avait été couronnée par cette magnifique médaille, totalement inattendue.
Cette année, la saison s’est déroulée de manière idéale. Les trois compétitions de préparation se sont très bien passées et l’ancien record suisse de 2025 a été battu à chacune d’elles. Les attentes étaient alors très élevées avant de se rendre à Eugene.
J’étais certaine que l’équipe était capable de réaliser un grand coup, mais réussir à confirmer ces attentes et à livrer une performance magistrale en finale est juste incroyable. Je ne peux être que fière d’elles.
Tu as été sprinteuse avant de devenir entraîneure. Tu as pourtant choisi assez tôt de te consacrer à l'encadrement. Qu'est-ce qui t'a donné envie de passer de l'autre côté de la piste ?
J’ai toujours eu cette passion de transmettre mes savoirs et ma passion aux jeunes générations. C’était donc une évidence pour moi de devenir entraîneure après ma carrière d’athlète.
J’ai eu la chance de pouvoir augmenter progressivement mes responsabilités au Lausanne-Sports Athlétisme et de me développer en tant qu’entraîneure. Je suis également reconnaissante d’avoir rapidement obtenu la confiance de Swiss Athletics pour poursuivre le beau travail réalisé par mes prédécesseurs avec le relais U20 féminin.
Ce que j’apprécie particulièrement, c’est de pouvoir accompagner les athlètes dans leur développement, aussi bien humain que sportif.
Aujourd'hui, quand tu vois le relais franchir la ligne d'arrivée, te sens-tu encore un peu athlète ou uniquement entraîneure ?
Entraîneure, uniquement.
Ma carrière d’athlète est derrière moi maintenant et je suis très épanouie dans ce nouveau rôle d’entraîneure.
Tu portes une double casquette, entre le Lausanne-Sports Athlétisme et l'équipe nationale. Est-ce que ces deux rôles sont faciles à concilier ?
Oui, j’ai trouvé un bon équilibre entre ces deux casquettes. Chacune me permet de devenir meilleure dans mon autre fonction. Ce double engagement me fait évidemment passer beaucoup de temps à l’entraînement et en compétition pendant la saison, mais je le fais avec plaisir et passion.
Quel est, selon toi, le secret d'un grand relais ?
L’engagement, la confiance, la précision, l’esprit d’équipe et, évidemment, la vitesse individuelle des athlètes.
Je suis extrêmement reconnaissante de l’engagement des athlètes et de leur encadrement pour le relais. Chaque athlète a évidemment ses objectifs individuels, mais accorde également une grande importance au relais. C’est uniquement avec un tel engagement que nous pouvons obtenir de tels résultats. Les athlètes et leurs entraîneurs adaptent leur planification de semaine pour les rencontres de relais. Certaines athlètes voyagent plusieurs heures pour se rendre aux entraînements de relais les mercredis à Berne ou accordent une priorité égale à leurs disciplines individuelles et au relais durant les compétitions (c’était notamment le cas cette année de notre troisième relayeuse, qui était prête à courir la série du relais avant une éventuelle finale du 200 m le même jour). Ces points peuvent sembler évidents, mais ils ne le sont pas, et je suis très reconnaissante de cet engagement.
L’esprit d’équipe est également extrêmement important. Les filles doivent travailler ensemble pour atteindre un objectif commun. Chacune doit faire sa tâche parfaitement, tout en faisant confiance aux autres pour avoir des passages précis et fluides.
Évidemment, les performances individuelles de chaque athlète sont très importantes, mais ce n’est pas vraiment un problème actuellement en Suisse, vu la densité et le niveau incroyable du sprint féminin ! Ici aussi, un grand merci et un grand compliment aux entraîneurs personnels, qui ont préparé leurs athlètes pour qu’elles soient au meilleur de leur forme lors de ces championnats.
On voit les quatre sprinteuses sur la piste, mais beaucoup moins le travail réalisé en coulisses. Quel est ton rôle avant, pendant et après un championnat du monde ?
La saison de relais s’ouvre au début du mois de mai. Les premiers entraînements et les premières compétitions se déroulent avec un groupe élargi, qui comptait 19 athlètes cette année. Pour moi, il est très important de continuer à développer ces bases du relais avec les meilleures sprinteuses juniors du pays, même si, au final, toutes ne sont pas sélectionnées pour le grand championnat. Toute l’expérience accumulée est bénéfique pour la suite de leur carrière avec les relais nationaux.
Les entraînements se déroulent environ toutes les deux à trois semaines, le mercredi à Berne, jusqu’à la compétition internationale. Nous planifions également trois compétitions de préparation avec le relais durant cette période.
Chaque passage, à chaque entraînement et à chaque compétition, est analysé en vidéo afin de pouvoir régler les détails techniques et corriger ce qui doit l’être.
Avant le championnat, il faut d’abord prendre une première décision en sélectionnant les athlètes pour la compétition, puis, lors du championnat, décider des quatre titulaires.
Après le championnat, il est temps d’analyser le championnat et l’ensemble de la saison afin d’en tirer les meilleurs enseignements et de pouvoir encore progresser pour les années futures.
Ces deux médailles confirment la progression du sprint féminin suisse. Qu'est-ce qui te rend la plus fière dans cette évolution ?
Le niveau du sprint féminin en Suisse est actuellement incroyable. Il amène une motivation supplémentaire à chaque athlète pour se surpasser et devenir encore meilleure.
Ces résultats montrent que le travail réalisé dans les clubs et avec les équipes nationales est excellent. La plupart des filles du cadre de relais présentes à Eugene font maintenant partie du relais U20W depuis deux ou trois ans. C’est également un point important pour moi dans ce résultat magnifique. Elles ont pu progresser, travailler ensemble et gagner de l’expérience ces dernières années pour arriver à ce championnat avec un bagage important.
Quel conseil donnerais-tu à un·e jeune sprinteur·euse qui rêve un jour de vivre un championnat du monde ?
D’y croire, de se donner les moyens d’y arriver et de garder le plaisir tout au long du chemin.
Vivre un championnat international jeunesse est une expérience incroyable pour chaque athlète. Mais il est important de garder en tête que les Championnats d’Europe ou du Monde U18/U20 ne sont qu’une étape dans leur carrière. Pour cela, il est important de garder une vision à long terme du développement de l’athlète. Si un athlète réussit à se qualifier pour un championnat jeunesse, ce sera le résultat du travail réalisé et une formidable possibilité d’acquérir de l’expérience. Mais s’il n’y arrive pas encore, il doit continuer son chemin et sa progression sans baisser les bras.
Enfin, si tu devais résumer cette aventure d'Eugene en une image ou en un moment, lequel choisirais-tu ?
Le moment le plus fort reste pour moi celui où Joy, la dernière relayeuse, franchit la ligne d’arrivée lors de la finale. À ce moment, il y a tout qui se mélange : la tension, le soulagement, la joie et la fierté de voir tout le travail de la saison récompensé. C’est un instant que je n’oublierai pas.